Poussières de toi

poussieres

 

Titre : Poussières de toi

Auteur : Lily B. Francis
Publication indépendante

 

 

 

J’ai découvert ce livre aux premières heures de sa sortie au hasard d’un post sur les réseaux sociaux, et j’ai tout de suite été interpellée par ce que je croyais être le sujet principal du livre : Alice, une jeune femme de 26 ans, perd son premier enfant à 5 mois de grossesse à la suite de malformations nécessitant une IMG.

Ayant connu une personne dans mon cercle social qui est devenue mamange, j’avais réellement envie de lire un livre qui traitait de la question, écrit à la première personne au format témoignage, pour essayer de mieux comprendre sans tomber dans le voyeurisme ou le pathos.

Ce à quoi je ne m’attendais pas est la qualité de l’écriture de Lily B. Francis, qui allie une plume très expressive – sous laquelle on sent poindre la capacité à l’humour, à l’autodérision, à la romance, ici très retenus –, et la capacité à tisser les thèmes du livre en un réseau cohérent qui touche le lecteur sans lui mettre une claque violente qui le pousserait à refermer le livre pour se protéger. Malgré la violence nécessaires de certaines images ou de certains mots, qui choquent le sentiment, le lecteur passe aussi par un processus de rationalisation.

Les thèmes, quels sont-ils ? La culpabilité, bien sûr (tout est apparemment de la faute d’un café), qui touche tout autant à l’honnêteté dans le couple qu’aux forces vengeresses de la nature. Le manque de communication, avec le silence coutumier dont s’entoure d’Alice, et qui fait effet à la fois de carapace et de prison (à cet égard, j’ai beaucoup aimé la scène de présentation de son père cartésien, tout autant pilier que frein). Enfin, la réalisation de soi, rendue effective par une acceptation du deuil très lente et aux étapes difficiles, et surtout une mise en mots de la réalité de chacun, contre le déni.

À ce point de vue, l’idée que des gens soient destinés à se rencontrer et à s’influencer a été particulièrement bien menée avec le personnage d’Hadrien, surtout, à mon sens, durant la dernière discussion qu’il a avec Alice. Certaines personnes sont l’instrument de notre prise de conscience, mais il ne faut pas les instrumentaliser ou s’imaginer qu’ils vont nous sauver. Quand une personne qui songe à briser son couple en rencontre une autre qui reconstruit le sien tout en tenant le souvenir de la mort à distance, cela peut faire des étincelles… mais ce feu de paille peut présenter des allures d’incendie qui menace de tout détruire.

Bon, après, c’est vrai qu’il faut vraiment vouloir lire un roman sur le deuil périnatal. Cela n’est pas forcément à la portée de toutes les envies quand on veut se faire un petit moment de lecture. Mais l’histoire – qu’on lit d’une traite – est tellement bien construite, profonde et juste, qu’on en ressort certes choqué, mais armé d’une meilleure compréhension de la nature des rapports amoureux, des mécanismes qui entourent le désir d’enfant et de la construction d’une histoire familiale.



Categories: chronique

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1 reply

  1. Reblogged this on Lily B. FRANCIS and commented:
    Merci infiniment Angélique pour cette chronique…

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