Que nous a appris le #cockygate en tant qu’amateurs de romances ? 

L’affaire qui s’est déroulée autour de la déposition de la marque “Cocky” (terme d’usage courant dans les romances de langue anglaise) par Faleena Hopkins, une auteure indépendante de romance aux États-Unis, a permis à la communauté d’auteurs de faire entendre sa voix sur les réseaux sociaux, mais aussi de mettre à jour certains écueils de l’industrie de la création, qu’elle soit littéraire ou audiovisuelle. 

Voilà ce que j’ai personnellement glané au cours des dernières semaines, et les questions qui m’ont traversé l’esprit. Peut-être vous intéresseront-elles aussi ? 

Problèmes de copyright 

Nous connaissons l’histoire des Fine Brothers, un duo de vloggers qui, en janvier 2016, avaient voulu déposer l’exclusivité du concept de vidéos “réaction”. Cinq jours plus tard seulement, après un immense tollé, ils se sont rétractés, mais ne se sont jamais relevés de cette tentative qui, techniquement, allait à l’encontre de la culture internet. 

Je me suis souvent posée la question de savoir comment nommer mes traductions littéraires. Le titre existe-t-il déjà par ailleurs ? Si oui, le genre du livre est-il différent ? Comment se différencier dans un genre qui repose sur des clichés (La captive du pirate / La femme du Highlander / La prisonnière du Viking) ? Ou bien risque-t-on d’entrer en concurrence avec un autre auteur (déjà établi, ou bien qui publierait en même temps) ?  

D’autres mots d’usage courant sont en instance d’être déposés, ce qui fait qu’on entendra encore parler durant un bon moment (et dans d’autres genres) du frein à l’expression et la promotion que cette pratique représente. 

Couvertures 

Puisque le copyright déposé sur le mot Cocky incluait également l’identité visuelle des titres, je me suis interrogée sur le format des couvertures. Devant la cour qui a débattu le 01 juin 2018 de l’octroi d’une ordonnance restrictive, on a d’ailleurs présenté diverses couvertures afin de montrer que le format “torse masculin dénudé / premier mot en italique / deuxième mot en lettres capitales” est un format classique, quelle que soit la police.  

Le juge a d’ailleurs conclu que l’accusation de concurrence déloyale était bien faible, puisque les ouvrages se différenciaient facilement par le nom de l’auteur. 

Entre temps, Faleena Hopkins avait déjà accusé certains auteurs d’utiliser des visuels provenant de la même session photo, ou encore de reproduire son visuel. J’ai vite remarqué en tant que traductrice et lectrice que certains visages reviennent souvent et des éléments de couverture (personnages, décor) sont réutilisés par les graphistes. C’est malheureusement une constante du genre. J’ai particulièrement noté que les auteurs de romances entre couples mixtes ou non-hétéros devaient souvent avoir recours à des composites de mannequins pris lors de sessions différentes, les photographies en couple n’existant tout simplement pas pour ce secteur du marché. D’autres encore organisent leurs propres sessions photo, une dépense conséquente quand on est indépendant. Mais lorsque certains vendeurs recommandent ou exigent de représenter un couple sur la couverture de son ouvrage de romance, l’auteur n’a pas vraiment le choix pour attirer le regard.

photographie romantique couple

Bookstuffing et autres pratiques contestables 

Durant les débats sur #cockygate, on a également parlé des pratiques de certains lecteurs qui laissent des évaluations 1 étoiles sur des livres qu’ils n’ont pas lus (parfois avant même qu’ils ne soient écrits) pour signifier leur désintérêt. Malheureusement, ce genre de critiques qui n’en sont pas et font baisser votre moyenne arrivent parfois. 

A été également mentionné le fait que certains livres soient piratés, ce que j’ai remarqué en cherchant mon nom sur Google. Je ne sais pas combien de personnes en France utilisent des sites pirates, mais c’est une question sur laquelle on peut se pencher. 

Enfin, j’ai eu plus d’explications sur la pratique du bookstuffing, parce que je me suis souvent demandée pourquoi certains livres que j’obtenais gratuitement et qui étaient anciennement disponibles sur KU (Kindle Unlimited) contenaient d’autres romans ou nouvelles après l’histoire-titre. Apparemment, KU rémunère les auteurs au nombre de pages lues (tournées une par une) et certains en profitent pour offrir à la fin de certains livres des histoires entières déjà publiées par le passé, se faisant ainsi rémunérer plusieurs fois pour le même contenu.

Protection judiciaire nécessaire

Enfin, il a été noté par l’avocat Mark Whipple que durant l’audience liée à l’affaire, la plaignante était représentée par son entité corporative et ne se présentait pas en tant que personne privée. D’un autre côté, les défendeurs ne semblent apparemment pas en mesure de se réfugier derrière une entité qui leur aurait permis de séparer leur capital personnel de celui de leur entreprise. Ainsi, s’ils avaient été condamnés à payer des compensations financières, leur biens personnels auraient pu être engagés. L’avocat conseille ainsi, une fois atteintes une certaine notoriété et stabilité financière, de protéger ses biens privés en adoptant pour son activité une forme juridique séparée. 

Un autre point soulevé dans les documents relatifs à l’audience est l’anonymat des défendeurs. Il semble que les deux femmes (écrivaine et publiciste) concernées par l’affaire souhaitent rester anonymes et n’être connues que par leur nom de plume. Elles se justifient en affirmant vouloir garder le secret de leur activité auprès de leur famille ou encore ne pas souhaiter utiliser leur véritable nom sous lequel l’une d’elles publie par ailleurs de façon académique. L’insistance de l’accusation à les faire révéler leur véritable identité et la demande du juge d’obtenir les noms sous scellé a inquiété le public. Espérons que leur identité (et ainsi leur patrimoine financier, utile à l’avocat de la plaignante) ne soit pas révélée. Mais on peut en effet s’interroger sur les raisons qui poussent les auteurs à prendre un ou plusieurs pseudonymes et à tenir séparées leurs vies personnelles de leur activité créative dans le domaine de la romance (particulièrement érotique), qui est encore victime de nombreux stéréotypes. 

Pour conclure : que retenir du Cockygate ?

L’affaire est loin d’être résolue et je suis certaine que d’autres problèmes rencontrés par les professionnels de l’industrie feront surface entre temps. S’il faut retenir un bon point, les réseaux sociaux ont permis à la communauté de communiquer et de s’éduquer sur ce genre de questions épineuses. 

 

 



Categories: romance, Écriture

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